Adolescence : Quand la fiction nous met face à nos défaillances sociétales

En tant que sexothérapeute et thérapeute de couple, j’aime bien regarder les séries qui abordent les problématiques relationnelles et sociales avec justesse. Et avec Adolescence, la nouvelle série choc de Netflix, j’ai été servie. Impossible de rester indifférente face à ce drame intense qui explore la noirceur de l’âme humaine chez les plus jeunes.

Pour ceux qui n’en ont pas encore entendu parler, Adolescence raconte l’histoire de Jamie Miller, un adolescent de 13 ans accusé d’avoir tué sa camarade de classe, Katie Leonard. La série joue habilement sur des flashback et des interviews pour déconstruire le parcours de Jamie et tenter de comprendre comment un acte aussi tragique a pu se produire.

Ce qui frappe d’emblée, c’est que la série ne cherche pas à diaboliser Jamie, mais plutôt à comprendre ce qui l’a poussé à cet acte irréparable, ce féminicide. En tant que thérapeute, c’est une démarche que j’apprécie : sortir de la simplification coupable/victime pour explorer la complexité des dynamiques qui mènent à la violence. Et croyez-moi, la série ne manque pas de finesse.

Un miroir de notre société

L’une des forces d’Adolescence, c’est de mettre en lumière l’impact dévastateur que peuvent avoir les réseaux sociaux et la culture incel sur un adolescent en quête de repères. Ce n’est pas nouveau, je le vois régulièrement dans ma pratique. Des jeunes complètement perdus dans une société qui leur envoi des messages contradictoires : d’un côté on leurs parle d’inclusivité, de tolérance, de bienveillance. De l’autre, ils se retrouvent exposés à une violence verbale et idéologique qui les dépasse complètement. Adolescence montre très bien comment Jamie, en quête d’identité, finit par se laisser happer par des discours haineux qui nourrissent sa frustration et sa colère.

En tant que thérapeute, c’est un aspect qui m’interpelle particulièrement. Je vois trop souvent des jeunes adultes complètement démunis face à la pression sociale, au harcèlement en ligne, ou simplement ce sentiment d’inadéquation qu’on a tous ressenti un jour, mais qui, chez certains, peut devenir destructeur.

Le poids de l’entourage : un manque criant de soutien

Ce qui frappe également dans Adolescence, c’est l’absence de soutien autour de Jamie. Une famille dysfonctionnelle, des adultes qui n’écoutent pas, une école qui semble dépassée. La série dépeint un environnement où l’isolement émotionnel devient la norme.

Et c’est là qu’on touche un point crucial. Combien de fois ai-je rencontré des parents désemparés, qui n’ont pas su voir le mal-être de leur enfant ou qui ont sous-estimé l’impact de ce qu’ils vivent ? Adolescence nous met face à une réalité souvent dérangeante : quand un jeune n’a personne pour exprimer sa souffrance, il finit par la retourner contre lui ou contre les autres.

La banalisation de la violence : un signal d’alarme

En tant que sexothérapeute, ce qui m’a particulièrement interpellé, c’est la manière dont Adolescence aborde la violence de genre. Le meurtre de Katie n’est pas présenté comme un acte isolé, mais comme l’aboutissement d’une série de frustrations et de croyances erronées sur la masculinité, la domination et le pouvoir. On y voit un jeune garçon qui cherche désespérément à affirmer son existence, à se sentir puissant dans un monde où il se perçoit comme insignifiant. La série pose une vraie question : comment éviter que des jeunes comme Jamie se laissent happer par des idéologies destructrices ?

Est-ce que je recommande Adolescence ?

Oui, mais pas n’importe comment. Adolescence est une série nécessaire, mais qui doit être regardée avec un certain recul. Pour les parents qui se sentent dépassés par les comportements de leur adolescent, c’est un excellent point de départ pour ouvrir une discussion.

Pour les professionnels de la santé mentale, la série est une illustration brutale mais utile de ce qu’on voit parfois en cabinet : des jeunes adultes qui se sentent incompris, isolés, et qui finissent par se tourner vers des idéologies destructrices pour donner un sens à leur existence.

Adolescence est loin d’être une série facile à regarder. Mais elle a le mérite de poser des questions essentielles :

  • Comment arrive-t-on à une telle violence ?
  • Comment l’entourage peut-il jouer un rôle de prévention ?
  • Et surtout, comment rétablir une communication saine dans un monde où les jeunes sont trop souvent livrés à eux-mêmes ?

En tant que sexothérapeute, je vois dans cette série un miroir déformant mais éclairant sur les échecs de notre société à protéger ses jeunes. Si elle dérange, c’est bien parce qu’elle touche là où ça fait mal.

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