Bon, on ne va pas se mentir, quand j’ai vu débarquer Sex Education sur Netflix, j’étais à la fois curieuse et un peu paniquée. Une série qui prétend parler de sexualité avec des ados, leurs parents, leurs profs… Tout ça saupoudré d’humour British et d’un casting adorablement maladroit. Évidemment, j’ai regardé (et binge-watché, soyons honnêtes).
Alors, est-ce que je recommande Sex Education en que sexothérapeute ? Oui, mais pas sans quelques précisions. Spoiler : la série fait beaucoup de bien, mais elle n’est pas exempte de clichés ou de raccourcis.
Petit résumé pour ceux qui ont vécu dans une grotte ces dernières années (ou qui préfèrent les documentaires sur les pingouins)
Sex Education suit l’histoire d’Otis Milburn, un adolescent complexé par sa propre sexualité (à cause -ou grâce ?- à sa mère, Jean, sexologue aux théories très libres). Avec l’aide de Maeve, la bad girl au cœur tendre, Otis se retrouve à donner des conseils en sexologie à ses camarades de lycée.
Autour de lui, une galerie de personnages aussi délirants qu’attachants :
- Eric, le meilleur ami d’Otis, qui navigue entre son identité homosexuelle et les pressions culturelles et familiales.
- Maeve, qui lutte contre une vie compliquée tout en essayant d’avoir une éducation digne de ce nom.
- Adam, qui découvre doucement qui il est, entre homophobie intériorisée, pression familiale et désir d’être aimé pour ce qu’il est.
- Et bien sûr Jean Milburn, la mère d’Otis, sexologue totalement décomplexée qui donne à elle seule envie de consulter (ou de prendre ses jambes à son cou, selon les scènes).
La série en est à quatre saisons, et malgré une certaine exagération pour le spectacle, elle a le mérite de traiter des sujets rarement abordés à l’écran.
Alors, qu’est-ce que j’en pense en tant que sexothérapeute ?
- Les points forts : Enfin une série qui parle vraiment de sexualité !
Je dois le dire, Sex Education fait un boulot incroyable pour normaliser la diversité sexuelle, que ce soit au niveau des orientations, des pratiques, des genres, ou même des complexes corporels.
Ce que j’ai particulièrement apprécié :
- La diversité des personnages et des récits. Les ados qui galèrent à comprendre leur orientation, les couples qui se cherchent sexuellement, les adultes qui réalisent qu’ils ont encore des choses à apprendre… C’est un joyeux bazar qui reflète plutôt bien la réalité.
- Le consentement et la communication. La série martèle ce point avec subtilité : parler de sexe, c’est essentiel. Même si ce n’est pas toujours simple, même si on a l’impression d’être maladroit ou d’avoir des questions bizarres.
- La déconstruction des tabous. Que ce soit l’homosexualité, la bisexualité, l’asexualité, le plaisir féminin, la masturbation, ou même la grossesse non désirée, la série ose aborder des thèmes qui sont souvent évités dans les conversations, même entre adultes.
- Les limites : Quand la fiction prend un peu trop de libertés
Alors, évidement, il y a des choses qui coincent un peu. Notamment :
- Le syndrome du « je deviens thérapeute en une phrase magique » : Otis qui règle les problèmes de ses camarades en trois minutes chrono ? C’est mignon, mais c’est loin d’être réaliste. La thérapie, ce n’est pas de balancer une théorie géniale et hop, problème réglé. Ça demande du temps, de l’écoute, et parfois de tester différentes choses avant de trouver ce qui fonctionne.
- L’hypersexualisation de certaines situations. On est dans une série qui parle de sexe, donc ça fait partie du package, mais parfois, ça frôle l’exagération juste pour le spectacle.
- Les raccourcis thérapeutique. Oui, Jean Milburn est géniale, mais ses interventions manquent souvent de cadre éthique. Par exemple, mélanger vie pro et perso, c’est plutôt l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire !
- Est-ce que je recommande ?
Oui, définitivement. Sex Education est une série précieuse pour ouvrir le dialogue autour de la sexualité, notamment auprès des jeunes adultes (et des moins jeunes d’ailleurs). Elle fait un excellent travail pour déstigmatiser, informer et surtout rappeler que personne n’a la science infuse en matière de sexualité.
Cela dit, la série n’a pas vocation à être un cours magistral. C’est une oeuvre de fiction qui simplifie souvent les processus thérapeutiques. En d’autres termes : regarder Sex Education pour s’informer, c’est super. Mais ne vous attendez pas à résoudre tous vos problèmes de couple ou de sexualité en trois épisodes ! Et puis, il faut l’avouer, ça fait du bien de voir une série qui ose parler des vrais sujets, sans se cacher derrière de fausses pudeurs.
Je recommande absolument Sex Education pour ce qu’elle apporte : une représentation plus ouverte, bienveillante et drôle de la sexualité. Mais si vous cherchez des réponses personnalisées, un dialogue approfondi ou un accompagnement thérapeutique, là, mieux vaut laisser Otis se concentrer sur sa vie d’ado compliquée et consulter un.e professionnel.le.

